
5-Dominique LAHARY : L’accès aux catalogues des bibliothèques à l’âge…
novembre 26, 2006Titre :
L’accès aux catalogues des bibliothèques à l’âge des bibliothèques numériques et des moteurs de recherches : écarts, perturbations, mutations ?
Auteur :
Dominique LAHARY
Source :
Les bibliothèques numériques, sous la direction de Fabrice Papy
Editions Lavoisier, 2005/ ISBN 2-7462-1036-3, Chapitre 5, pages 88 à 105
Résumé
Revenant sur l’histoire du catalogue en bibliothèque, depuis les catalogues imprimés jusqu’à l’OPAC (Open Public Acess Catalog) en ligne à l’heure des bibliothèques numériques, Dominique Lahary s’intéresse à l’accessibilité du document.
Les catalogues non informatiques avaient la faiblesse de ne pas être intelligibles pour les utilisateurs. Leurs conditions matérielles de fabrication imposaient aux professionnels un impératif de concision. De ce fait les accès de recherche étaient limités et les langages documentaires pré-coordonnés trop rigides n’avaient pas de sens en dehors des pratiques de classement professionnelles. Cependant ils offraient la possibilité d’une recherche floue -ce que l’on appelle surendipidité- en permettant un feuilletage des pages ou des tiroirs (pour les catalogues sur fiches). L’arrivée des OPAC a permis certains progrès : une recherche sur tous les champs de la notice ; le croisement des critères ; et la possibilité d’utiliser les opérateurs booléens pour affiner la requête. Néanmoins, les recherches sur catalogue informatique génèrent souvent du silence. Les bases de données donnent un accès par contenu aux sources, au moyen des langages pré-coordonnés, dont le vocabulaire est trop complexe et trop pauvre par rapport au langage naturel qu’utilisent les usagers. De plus, les interfaces présentent un défaut de feuilletage, même si on peut y dérouler des index.
Le catalogue a été un intermédiaire pour l’utilisateur dans l’accès au document jusqu’à la mise en place du libre accès. Les collections conservées en magasin avaient un catalogue systématique*, dans lequel les fiches étaient présentées dans l’ordre de classification (ex : Dewey) ; ce qui était complémentaire du catalogue alphabétique des matières. Avec l’accès libre, la classification est devenue un outil de classement et on a abandonné les catalogues systématiques au profit d’une description intellectuelle du document. Le catalogue de bibliothèque est devenu un outil complémentaire à la recherche libre. En consultant aujourd’hui le catalogue en ligne, les utilisateurs ne peuvent pas se rendre physiquement en rayon, et ils n’ont pour accéder aux collections que la possibilité de formuler une requête alphabétique. Dans l’objectif de faciliter les recherches, des bibliothécaires, parmi lesquels l’auteur, ont menée une réflexion sur l’idée du feuilletage, pour réintroduire les catalogues systématiques sur les interfaces de recherche (voir « manifeste de la conjuration** »). A la suite, certaines bibliothèques (ex :Reims) ont mis en ligne une présentation thématique de leur collection, sur le modèle de construction des répertoires comme Yahoo, en page d’accueil de leur catalogue. Des éditeurs de logiciel comme Opsys et Décalog ont aussi mis en œuvre un accès thématique au catalogue en s’appuyant sur les classifications décimales.
Cependant la présentation thématique génère un trop grand nombre de résultats : l’utilisateur doit trouver un document parmi l’ensemble des notices d’un domaine de connaissance. Il est possible à ce niveau de rajouter des sous-rubriques, mais cela s’oppose au principe du web, selon lequel un utilisateur doit atteindre la page qu’il souhaite en deux clics. En ce sens, une présentation par pertinence, anti-chronologique, telle que le proposent les logiciels de gestion peut être intéressante. En mode interrogation, le principal problème que rencontre l’utilisateur est le silence. Or, on pourrait utiliser les langages hiérarchisés (classification ou thésaurus), pour rajouter des interfaces de requêtes pré-formulées en arborescence, à partir des structures de catalogue classique. Il ne faut pas négliger non plus, les moteurs de recherche en plein texte qui peuvent repérer tous les mots d’une notice y compris le résumé et les notes.
Ainsi, l’accès direct à l’information primaire est un changement auquel sont confrontés les bibliothécaires. Ils doivent donc repenser le catalogage et l’indexation pour s’adapter aux nouveaux usages et outils. Les techniques documentaires ne changent pas profondément. « Il s’agit toujours de décrire, indexer, classer, trouver ». Seulement, il est possible que face à Internet, les langages documentaires préexistants ne soit plus valides.
Avis Critique :
J’ai trouvé cet article intéressant car il aborde une réflexion sur la recherche d’information en bibliothèque « physique », selon son histoire et ses usages. Il permet de prendre du recul sur l’organisation des bibliothèques numériques et la présentation des collections.
Ce qui me parait important dans ce texte c’est qu’un utilisateur de catalogue en ligne, ne dispose pas du rayonnage physique pour aider sa recherche dans les collections de la bibliothèque. C’est aussi valable pour les collections numériques ; car même si l’utilisateur peut directement les consulter, elles ne sont pas à priori représentées dans l’espace. L’information secondaire doit donc pouvoir « localiser » le concept à partir duquel on a classé un document. D’autant plus qu’avec le passage à la navigation sur Internet, on n’est plus dans une logique d’accès au savoir par mots-clés, mais dans la construction d’un parcours de connaissance qui s’établit par clic sur des liens hypertextes. Ainsi, lorsque le document est présenté par une notice, le parcours du lecteur est balisé. Cependant, si dans le cas d’une collection numérique on a accès au document sans notice à l’aide d’un moteur de recherche en plein texte, la collection ne sera pas organisée si on ne localise pas le corpus de manière intellectuelle (thématiques…).
La réflexion des conjurés est intéressante. Néanmoins elle s’applique à un public de bibliothèque municipale. Le public étant un des premiers critères à prendre en compte dans une politique documentaire, on peut penser que leurs recommandations ne s’appliquent pas forcément à toutes les collections.
* Richard Roy : Intervention au congrès de l’International Society for Knowledge Organisation, Grenoble, juillet 2003
** Les conjurés réfléchissent autour convictions telles que : « L’important n’est pas de chercher mais de trouver ; le silence est pire que le bruit ; le libre accès aux rayonnages doit trouver son équivalent sur écran ; les annuaires de sites et ressources du web sont un modèle à suivre. »